• Face à un patient atteint de trouble sévère, on a parfois du mal à choisir des objectifs de travail réalisables. En effet, devant l’ampleur et la multiplicité des troubles, on peut avoir tendance à proposer du saupoudrage : un peu de phono, un peu de lecture, un peu de vocabulaire, un peu de syntaxe … Or, c’est justement en cas de pathologie sévère, que le saupoudrage n’est pas adapté car il n’y a pas, dans ce cas, la répétition nécessaire aux acquisitions et/ou aux apprentissages, d’où l’importance de choisir des priorités.

    Pour illustrer cet aspect fondamental, je vais partir d’un enfant que je connais que je vais appeler Aurore (ce n’est pas son prénom). Ce ne sera pas une vraie étude de cas mais le produit de ma réflexion.

    Pour définir des priorités, on a besoin de plusieurs données fondamentales (voir, par exemple, le modèle interactif d’intervention langagière de M. Monfort) : développement normal, connaissances sur la dysphasie, bilan complet (cf. mon article sur le bilan complet), aspect fonctionnel de la communication, plainte-s,  environnement social et scolaire.

    L’aspect fonctionnel de la communication, que j’appelle aussi gêne fonctionnelle, ne concerne pas uniquement ce que l’enfant exprime devant ses difficultés ou ce qu’il ressent mais ce qui va entraver la communication au quotidien avec cet enfant, et donc la gêne de ses interlocuteurs. Parfois cela recouvre la plainte (qui n’est pas forcément celle de l’enfant, mais peut être celle de l’entourage familial et/ou scolaire), parfois, non. Il est important de faire la différence entre les deux. On va donc chercher quels sont les troubles les plus invalidants. Cela pourra correspondre aux troubles les plus sévères observés lors du bilan, mais pas forcément. Quelques séances sont donc quelques fois nécessaires, en plus du bilan, afin d’observer la communication de l’enfant.

    L’environnement social et/ou scolaire est une donnée dont il faut tenir compte, même si, bien sûr, tout notre plan de rééducation ne se fonde pas dessus. En effet, on ne peut pas avoir les mêmes axes pour un enfant en SEGPA que pour un enfant en ordinaire, et cela indépendamment du trouble, même si le plus souvent, l’orientation a été faite en fonction du trouble.

    La suite demain


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    En ce moment, je fabrique des lignes de base sur la syntaxe, tant en expression qu’en compréhension. J’en fais passer à tous les enfants que je suis car les déficits en syntaxe, ce n’est pas ce qui manque chez les enfants sourds et les enfants dysphasiques. Je ne pourrai pas toutes les partages car certaines sont fabriquées avec du matériel édité. A un enfant avec une dysphasie lexicale-syntaxique, je fais passer une ligne de base sur les pronoms personnels en expression : il y a un garçon ou une fille et je demande « qu’est-ce qu’il (ou elle) fait ? » Au début, aux 6 premiers items, ce petit garçon de 8 ans utilise une forme syntaxique du type « en train de … » sans y mettre forcément le sujet puis au 7e item, les phrases sont correctes, sauf pour les phrases mettant en scène un animal qui sont pourtant à la fin mais où il recommence avec « en train de… ». J’imagine que pour cette structure, on se situe juste dans sa zone proximale de développement, la structure est en émergence, elle a juste besoin d’être actualisée. Il faut quand la même travailler et on verra, lorsque je reproposerai la ligne de base, si le score s’améliore et si cette fois, toutes les réponses sont justes.

    Si vous avez d'autres explications, je suis preneuse ! ou si vous avez observé la même chose, n'hésitez pas à raconter.


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  • Depuis un moment déjà, on sait que la conscience phonologique joue un rôle dans l'apprentissage du langage écrit. C'est pourquoi la grande partie de nos rééducations travaillent cet aspect. Par contre, ce qu'on sait moins, c'est que les études (voir la méta-analyse Ehri LC, Nunes SR, Willows DM, Valeska Sxhuster B, Yaghoub-Zadeh Z, Shanahan T. Phonemic awereness instruction helps children learning to read : Evidence from the National Reading Panel’s meta-analysis. Reading Research Quaterly, 36:250-287, 2001) ont montré que le langage écrit s'améliore encore plus quand les activités de conscience phonologique sont couplées avec des activités de langage écrit (lecture et/ou transcription). C'est ce que je fais en général dans mes rééducations pour les dys, lexiques ou les dys, phasiques. Dans les fichiers en libre accès, dans la rubrique conscience phonologique, vous trouverez ce genre d'exerice.


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  • Il y a quelques mois, je parlais des problèmes pour juger de l'évolution de nos patients. Je ne sais pas comment vous faites mais moi, je me base sur les bilans d'évolution, sur mes impressions cliniques lors des activités proposées en rééducation et les appréciations des parents mais aussi des enseignants (je travaille dans le même lieu que ceux des enfants que je suis, ce qui facilite les choses !). Cependant, c'est bien insuffisant et souvent sujet à caution. Les bilans sont indispensables mais ne reflètent pas toujours les progrès des enfants. Les impressions cliniques sont aussi là pour nous guider mais peuvent induire des biais car souvent, on a tellement envie que l'enfant progresse qu'on ne voit pas que les progrès sont minimes ! Une technique intéressante pour évaluer correctement les progrès de l'enfant est celle des lignes de base. Je ne vais pas vous l'expliquer ici car vous trouverez mes notes du livre de C. Maillart qui vous permettront de comprendre. Il y a un exemple dans ce livre sur l'assourdissement (je ne vous l'explique pas sur ma fiche) et aussi dans un article de Glossa sur le vocabulaire.

    Je vais essayer de vous expliquer avec un exemple sur la syntaxe.

    Lors du bilan, j'observe qu'un enfant fait des erreurs en compréhension sur les phrases avec au-dessus mais aussi sur les flexions verbales et les pronoms objets. Dans un premier temps, je vais proposer des phrases en expression et en compréhension contenant ces structures. Je vais juste mesurer sa réussite ou non à ces items. Ensuite, je commencerai la rééducation sur l'une des structures (par exemple au dessus). Dans les items travaillés en rééducation, certains auront été proposés lors de la ligne de base, d'autres non. Au bout d'un certain temps, évalué dès le départ, je repropose mes lignes de base. Je vois comment l'enfant a évolué sur la structure travaillée mais aussi sur les autres. S'il a progressé uniquement sur ce que j'ai travaillé, cela montre le bénéfice de la rééducation. S'il progresse aussi dans les autres structures, cela peut prouver que ses progrès seraient dus à une évolution naturelle. Je le fais de façon schématique et pour mieux comprendre, je vous encourage à lire les références données.

    C'est très long d'établir des lignes de base, c'est vrai mais une ligne de base peut servir à d'autres enfants et on pourrait imaginer une base de données de lignes de base qui servirait à tous les orthophonistes et logopèdes. A partir de maintenant, je vous proposerai régulièrement des lignes de base que j'ai établies.


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  • Verbo-tonale et DNP

    Pour la petite histoire, au départ, je suis formée DNP. J'ai quasiment fait tous les week-ends avec l'équipe de Strasbourg/Mulhouse. Je m'en suis beaucoup servie dans mon précédent travail avec les dysphasiques, les dyslexiques pour travailler sur la phonologie (au sens large : à l'oral mais aussi en lien avec l'écrit) et aussi, avec quelques enfants, j'ai fait des images pulsées.

    Dans mon nouveau travail, qui dépend de l'APAJH, on utilise la verbo-tonale. Pendant un an, j'ai touché du doigt la verbo en continuant à faire un peu de DNP, mais moins académique (pas de peinture, par exemple). Et cet été, l'établissement nous a payé une formation interne en initiation verbo-tonale.

    Aujourd'hui, je vais tenter une petite comparaison, qui sera bien imparfaite. Je vous invite à compléter, bien entendu.

    D'après l'histoire officielle qu'on nous raconte en formation DNP, Madeleine Dunoyer de Segonzac aurait commencé à créer des choses au Magreb, puis se serait rapprochée de Guberina, par la suite en y ajoutant d'autres sources.

    Pour notre formatrice verbo, la DNP a "copié".

    Je ne rentrerai pas dans ces détails qui ne m'intéressent pas. Du qui a fait quoi ? du qui a copié quoi ? Pour moi, on n'invente rien, on s'inspire toujours de choses qui existent déjà et on en fait autre chose en fonction de sa personnalité et de ses objectifs.

    La verbo est vraiment tournée vers les enfants sourds. Elle est faite pour que ces enfants qui ne perçoivent pas la parole par l'auditif puissent quand même parler en s'appuyant sur l'auditif qui reste et sur d'autres sens. La formatrice que nous avons eue a été formée auprès de Guberina. La verbo, c'est une véritable méthode qui a toutes les clés pour les enfants sourds. Elle est à l'origine de ce qu'on fait avec les enfants sourds pour l'éducation auditive, par exemple.

    La DNP est utilisée avec les enfants sourds, mais pas que. Les formateurs sont beaucoup plus nombreux, elle a été digérée par de nombreuses personnes. Elle est née en France mais s'est exportée vers d'autres pays francophones.

    Comme toute approche rééducative, elles peuvent tourner à l'endoctrinement en fonction du formateur (ou de la formatrice). Il y a en aura des puristes qui vous diront qu'il ne faut faire que ça et d'une certaine manière et qu'on peut tout faire avec. Ces formateurs-là, il faut les fuir, ils ne sont pas nombreux mais ils existent (j'en ai rencontrés).

    Pour les deux approches, on retrouve :

    - l'importance du rythme

    - l'utilisation du corps pour marquer les phonèmes

    - les comptines

    - les traces

    Le travail du rythme (qu'on appelle musical en verbo) est très proche dans les deux, de ce que j'ai vu et de ce que j'en retiens. Il permet le travail de la prosodie, par exemple.

    Dans les deux approches, on utilise donc le corps pour favoriser la production des phonèmes, et même plutôt des syllabes. La DNP appelle cela des grands mouvements, ils sont assez codifiés et on nous explique pourquoi ils ont été choisis. En verbo, on appelle cela le rythme corporel. Ce n'est pas vraiment un code. On nous explique les caractéristiques des phonèmes et comment on peut vivre ces caractéristiques dans son corps. Ce qui paraît important, c'est comment corriger l'enfant quand il se trompe. Il faut repérer quelle caractéristique n'est pas bien marquée et la corriger. C'est ce que je trouve le plus intéressant, par rapport à la DNP.

    Dans les deux approches, il existe des comptines. En verbo, cela rejoint le rythme musical et des tas de comptines sont déjà écrites. En DNP, on peut créer ses propres comptines, en se basant sur les difficultés de l'enfant et là, c'est la DNP qui me paraît intéressante.

    Enfin, les traces. En DNP, c'est uniquement de la peinture, ou à la rigueur de la semoule ou de l'eau dans un plateau. En verbo, elles peuvent prendre différents média : crayon, peinture, semoule ou autre. Dans les deux cas, elles doivent reproduire ce qu'on ressent dans son corps. En DNP, cela est vraiment codifié. En verbo, comme pour le rythme corporel, c'est laissé à l'appréciation de l'adulte, en fonction de ce qu'il veut corriger. Le fait, qu'on puisse faire des traces avec autre chose que de la peinture est assez intéressant parce que sortir la peinture en rééducation, ça prend énormément de temps et accessoirement, c'est salissant. C'est aussi assez coûteux car il est difficile de garder de la peinture suffisamment liquide pendant longtemps.

    Je vais probablement faire ce qu'il ne faut pas, à savoir un melting entre les deux...

    Pour se former à la DNP, le site de la joie de parler

    Pour se former à la verbo-tonale, le site de l'APAJH

    C'est la première fois que vous venez sur le blog ? Un document pour vous aider à voir ce que vous pouvez y trouver dans ce billet.

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