• C'est quoi, des pré-requis ? Ce sont des compétences considérées comme indispensables au développement d'une autre compétence. Par exemple, mes collègues placent la conscience phonologique et certains traitement visuels comme pré-requis. Cela veut donc dire qu'il faut pouvoir réaliser certaines tâches de conscience phonologique pour apprendre à lire ou encore, pouvoir discriminer des formes en miroir. Cependant, ces affirmations sont fausses. On sait maintenant que la conscience phonologique se développe en lien avec l'apprentissage du langage écrit et que l'entraînement seul de la conscience phonologique n'est pas suffisant pour que l'enfant apprenne à lire (voir , par exemple). C'est aussi vrai pour le miroir, puisque dans son livre, M. Dehaene explique que notre cerveau est conditionné pour reconnaître comme un même objet deux images en miroir. Et oui, une poêle est toujours une poêle que la poignée soit à droite ou à gauche et pour apprendre à lire, l'enfant doit désapprendre cela mais il le fait pour lire (cf. le dessin humoristique de Sylvain Obholtz). Donc, je suis toujours très gênée quand on parle de pré-requis. Dans l'EVALO, par exemple, on parle de capacités associées, ce qui me semble un terme plus juste même s'il n'est pas idéal. La conscience phonologique est nécessaire et il faut la développer pour apprendre à lire mais ce n'est pas un pré-requis absolu.

     

    Ajout le 18/03/15 :

    Pour ajouter de l'eau à mon moulin, voici une citation du livre de M. Habib La constellation des dys page 129, réflexion tirée d'une étude de Peterson et al (2009) :

    "des enfants ayant un trouble de la représentation des phonèmes développent une lecture normale en dépit d’une conscience phonologique déficiente. Chez ces enfants, la conscience phonologique isolément prédit moins bien la réussite d’acquisition de la lecture qu’un modèle qui inclut également la syntaxe et le QI non verbal." Donc attention, quand on voit des enfants avec des difficultés de conscience phono en GSM, cela ne veut pas dire qu'ils vont forcément développer des troubles du langage écrit par la suite.

     

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  • En formation, sur les forums ou Faceboook, ou dans les compte-rendus, des collègues, je remarque souvent que les examens de langage oral ne sont pas tout à fait complets. Qu'est-ce que j'entends par complet ? C'est l'examen qui fait le tour de toutes les composantes du langage. Sur la forme, cela se traduit par les différents niveaux sur les deux versants, ce qu'on peut résumer par ce tableau :

      compréhension expression
    articulation non oui
    phonologie +/- oui
    lexique oui oui
    syntaxe oui oui

    On complète par l'aspect pragmatique et le discours, selon les moyens que l'on a, car ce sont des "parents pauvres" du bilan orthophonique. Pour le récit, je vous donne quelques idées ici. Le minimum donc, d'une évaluation du langage oral, ce sont les capacités de ce tableau. Tester le lexique, ça veut dire le tester à la fois sur le versant réceptif et sur le versant expressif et c'est la même chose pour la syntaxe. D'autres articles pour vous aider dans vos bilans : que contient un compte-rendu et des polices pour le rédiger.

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  • Nous sommes parfois démunis pour évaluer certaines composantes. La question sur Orthomalin portait sur le récit oral chez une enfant d'âge élémentaire.

    Plusieurs pistes que je vous propose:


    - faire remplir aux parents et à l'enseignant le CCC téléchargeable 
    qui peut détecter des troubles de la pragmatique car il y a un lien entre pragmatique et discours. Des troubles de la pragmatique induisent généralement des troubles du discours et donc du récit. Dans cette grille, il y a des items sur cohérence et cohésion.


    - utiliser le test Sacré Nestor. C'est pour tester la compréhension écrite mais on peut avoir une idée de la façon dont le récit est organisé. Par ailleurs, évaluer l'expression sans évaluer la compréhension me parait peu cohérent. Ajout le 12/10/13 : Sacré Nestor n'est plus édité mais il existe des sub-tests d'évaluation de compréhension de récit dans EVALO et Exalang.


    - explorer le mémoire suivant qui pourra vous donner des pistes pour évaluer le récit. Il suffit de se procurer ce livre qui ne coûte pas cher. C'est une histoire sans texte, type histoire séquentielle qu'on demande à l'enfant de raconter. Le mémoire fournit des grilles d'analyse et des premiers étalonnages. Le livre where's the frog ? est utilisé dans les pays anglo-saxons pour tester le récit oral.

    Evaluer le récit oral

     
    - pour une idée qualitative, on peut utiliser une histoire séquentielle riche (pas celle de temporel) et voir comment l'enfant s'en débrouille après l'avoir remise en ordre.

     

    - pour une autre idée qualitative, on peut aussi demander à l'enfant de  décrire comment on fait pour se laver les dents.

    Evaluer le récit oral

    - on peut aussi s'inspirer de l'épreuve du banc d'EVALO. C'est une tâche de communication référentielle. On fait des petites scènes avec des figurines, on les prend en photo (ça, c'est la préparation). A l'enfant, on fait piocher une scène et il doit nous la décrire précisément sans voir ce que l'on fait. Ensuite, on compare la réalisation à la photo.

     

    Une tranche de rééduc sur le récit ici

     

    Ajout le 08/02/15 : Sur PONTT, on nous signale la traduction d'un test anglophone d'évaluation de récit en français : l'ENNI. Pas encore essayé ! Et vous ?

     

    Ajout le 01/11/15 : suite à un commentaire d'Edwige (cf. plus bas), voici le lien d'un autre mémoire dirigé par G. Hilaire-Debove pour l'étalonnage chez les enfants de 9 à 11 ans du récit de la Grenouille.

     

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  • A partir d'une question sur une des listes yahoo et de ma réponse, qu'en est-il du lien entre mémoire de travail et dys ? Peut-on poser un diagnostic de dysphasie, dyslexie, dyscalculie, s'il n'y a pas de déficit en mémoire de travail ? Souvent, cette question est au coeur du diagnostic et ressemble à un débat qui pourrait exister entre psychologues (scolaires, la plupart du temps, mais pas que) et orthophonistes.

    Toutes les études le montrent : les enfants dys ont un déficit en mémoire de travail. Ces études, en général, se fondent sur des groupes, c'est-à-dire qu'il existe une différence significative entre la mémoire de travail verbale des enfants tout-venants (ou typiques, on dit maintenant) et dys (le plus souvent, dyslexiques). Ces études-là ne résolvent pas notre problème : il existe peut-être des enfants qui n'ont pas ces troubles, mais du fait de leur appartenance à un groupe, on ne les voit pas. Premier constat.

    Deuxième constat : La définition de la dyslexie, c'est un trouble de l'identification des mots. Les critères sont un décalage significatif avec les pairs d'âge. Dans les classifications internationales, il n'est pas fait mention de trouble de la mémoire de travail, comme critère de diagnostic. Pour la dysphasie, c'est le décalage au niveau du langage oral, mais pas de mention de la mémoire de travail.

    De mon expérience d'orthophoniste en centre référent des troubles des apprentissages, j'ai souvenir de quelques enfants qui n'avaient pas de trouble de la mémoire de travail. Certes, ils ne sont pas nombreux (c'est pour ça que je m'en souviens, d'ailleurs). Et une étude le confirme. Il s'agit de Neuropsychological Profile on the WISC-IV of French Children With Dyslexia, Maryse De Clercq-Quaegebeur, Séverine Casalis, Marie-Pierre Lemaitre, Béatrice Bourgois, Marie Getto and Louis Vallée, Journal of Learning Disabilities, qu'on peut télécharger ici.

    Dans cette étude, qui a analysé les résultats au WISC-IV d'une cohorte d'enfants dyslexiques consultant au centre de référence de Lille, on retrouve une moyenne de groupe à l'indice de mémoire de travail inférieure à celles des enfants typiques puisque le groupe obtient un IMT (indice de mémoire de travail) de 75, ce qui est leur moins bon score sur les 4 indices de la WISC-IV mais une analyse plus fine révèle que 10 sur les 60 dyslexiques sont dans la moyenne pour cet indice. Certes, aucun n'a plus que la moyenne (ce qui n'est pas le cas pour les autres indices) mais ce qui nous intéresse, c'est que 1/6 de leur population diagnostiquée dyslexique n'a pas de trouble de la mémoire de travail. Donc, ces enfants existent ! Par contre, il est possible (il me semble que ce n'est pas écrit dans l'article, mais j'ai lu en diagonale) que ces enfants soient de ceux qui ont leurs autres indices particulièrement élevés. Dans ce cas, leur IMT est déficitaire au regard des deux autres...


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  • Les questionnaires parentaux sont très souvent utilisés dans les pays anglo-saxons dans les recherches mais aussi en clinique. Ils ont permis de dégager des chronologies d'acquisition en anglais mais dans bien d'autres langues aussi (études de Bates, par exemple). Ils sont fiables, en comparaison de tests et permettent d'impliquer les parents et aussi, d'avoir des données sur le langage plus quotidien. Ce sont parfois les seuls données qu'on peut avoir avec un enfant jeune.

    A ma connaissance, il existe, en français, 3 questionnaires parentaux étalonnés pour les jeunes enfants. Ce sont 3 questionnaires qu'on peut trouver gratuitement (ou presque). Ensuite, il en existe d'autres, dans des batteries, comme EVALO.

    Je vais rapidement vous présenter les 3 questionnaires :

    - le DLPF de D. Bassano qu'on peut télécharger sur son site. Il est traduit du CDI, comporte 4 formes pour les enfants de 18 mois à 3 ans 6. Il est très complet, assez long à remplir.

    - l'IDE de l'équipe de M. Zorman qu'on peut télécharger sur le site Cogniciences. Il est aussi traduit du CDI, pour les enfants de 15 mois à 6 ans. Comme le DLPF, il est long, complet mais ne détaille pas les 4 formes. Par ailleurs, il est moins précis : la réponse est en "oui" ou "non" alors que pour le DLPF, il y a 3 réponses différentes et un vrai inventaire du vocabulaire.

    - l'IDFC de S. Kern dont un article est téléchargeable ici. Il faut le commander . Une présentation et des liens sur le site des éditions de la cigale ici où on peut aussi télécharger gratuitement une version courte si on est enregistré, ce qui permet accessoirement de télécharger gratuitement les imagiers gratuits. La tranche d'âge de ce questionnaire : 8 à 30 mois. Il parait aussi complet, avec des versions différentes en fonction des âges. Ajout le 26/02/15 : un autre article sur l'IDFC à télécharger .

     

     


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