J’aime sur ce blog à vous raconter mes petites victoires en rééducation (tiens, d’ailleurs, je vais créer un mot-clé petite victoire), surtout lorsqu’elles sont là où on ne les attend pas et celle-là, parce qu’elle vient en lien avec ce que je lis du dernier livre de C. Maillart dont vous aurez bientôt ma fiche de lecture (le travail des habiletés logiques peut-il améliorer l’expression morphosyntaxique ?).
Cette réflexion du jour permet d’aborder plusieurs questions. Dans le centre où je travaille, pour des raisons pratiques (pas seulement, mais les autres raisons ne sont pas encore bien pensées et argumentées), nous avons décidé que de manière générale, la rééducation logico-mathématique et la rééducation langagière (orale et écrite) ne seraient pas pratiquées par la même orthophoniste (je parle au féminin car nous n’avons de collègue homme) ; les deux raisons pratiques étant d’une part que toutes les orthophonistes ne sont pas forcément intéressées par la rééducation logico-mathématique, et d’autre part, que pour l’orthophoniste et l’enfant, se voir plus de 4 fois par semaine, n’est pas forcément raisonnable (et ça, tout le monde en conviendra).
En début d’après-midi, une collègue qui intervient auprès d’une jeune fille dysphasique au niveau du langage m’apostrophe : « Tu sais ce que E. vient de me dire ? Tu es plus grande de moi. Je ne l’avais jamais entendue dire cela auparavant et je ne l’ai pas travaillé avec elle. » Effectivement, nous actuellement, nous travaillons sur la sériation…à la façon GEPALM.
Que me fait dire cette constatation ? Que conforte-t-elle ?
Ce qui est intéressant pour cette jeune fille, c’est qu’elle décontextualise. En séance, je sais qu’elle est capable de dire « bidule est plus grande que machin » mais là, elle l’a fait spontanément, dans un autre contexte. Et çà, en orthophonie, on en est toujours fan. Et le fait d’être deux orthophonistes différentes à travailler avec cet enfant, multiplie probablement l’occasion de décontextualiser. OK, c’était toujours en lien avec une orthophoniste (mais pas dans son bureau, c’était dans le couloir, où il se passe toujours beaucoup de choses quand on travaille en établissement spécialisé avec les enfants).
Ensuite, et c’est une intuition qu’on avait avec une de mes collègues, travailler sur la sériation façon GEPALM (ou Evoludys) permet aux enfants de travailler sur ces structures morphosyntaxiques complexes que sont les comparatifs et les superlatifs. A l’heure où se posent des questions sur l’intérêt du travail sur la logique façon Piaget (et donc GEPALM et Evoludys) en lien avec les rééducations des dyscalculies (cf. les discussions fort intéressantes à ce sujet sur le groupe Facebook de Dyscalculies-Infos), ce genre de constatation peut montrer l’intérêt de telles rééducations.
Notre petit opinion à ce sujet avec mes collègues, (mais il ne découle pas de nous uniquement, il naît de nos lectures, nos échanges avec d’autres collègues dans la vraie vie et sur le net) c’est que le travail sur les structures logiques permet souvent de dédramatiser les mathématiques. Pour celles et ceux qui connaissent le jeu multiplicatif, on peut faire du nombre avec un tel jeu, et c’est ce que je fais toujours et les enfants ou les jeunes qui ne voulaient pas entendre parler de calcul et de nombre se mettent à les utiliser avec plaisir. C’est donc typiquement le rôle d’un tel jeu : pouvoir raisonner sur du nombre et y prendre plaisir. Le travail sur les sériations, clairement, c’est celui où on voit le lien direct avec le langage, comme mon anecdote vient de le montrer. Cependant, je ne vois pas ces structures comme un pré-requis absolu à la construction du nombre. La classification sert à dédramatiser et à s’autoriser à raisonner, la sériation à pouvoir comparer des nombres avec l’outil langage mais voilà, c’est tout.
Comme je l’ai déjà écrit, je ne pratiquais plus la rééducation logico-mathématique depuis un moment. M’y replonger a été, pour moi, un grand plaisir, d’autant que la rééducation que j’ai reprise en premier a été très gratifiante.
Mes réflexions en sont là pour l’instant, et j’accepte tout commentaire. Toute argumentation envers ma démonstration sera, pour moi et pour tous les lecteurs, source de réflexion. Je ne prétends pas vous livrer la vérité absolue mais le fruit de mon expérience clinique.
A vos claviers
PS Pour travailler sur la sériation, je vous ai offert quelques petites choses ici et là, sur le blog.