• Réflexions sur le bilan

    Cette rubrique vous donne des pistes sur le diagnostic et le bilan des enfants avec des troubles des apprentissages et des enfants sourds. Elle traite donc aussi des tests.

     

    C'est la première fois que vous venez sur le blog ? Un document pour vous aider à voir ce que vous pouvez y trouver dans ce billet.

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    Pourquoi c'est bien EVALEO ?

     

    Pour celles et ceux qui n'auraient pas vécu sur la planète Terre de l'orthophonie, EVALEO est la grande sœur de l'EVALO, une batterie de tests ultra-complète, mais pour les grands. J'ai eu la chance de participer à l'étalonnage. Ça a été un immense travail mais j'ai trouvé ça super.

    Ah et pour ceux qui se demanderaient quand ça sort, ..., pas avant 2017, c'est clair. Mais je n'ai pas de détails.

     

    Pourquoi c'est bien de participer à l'étalonnage ?

     

    - se remettre dans la tête la norme du langage oral, écrit et des capacités associées en tête, norme qu'on a tendance à oublier.

    - se tenir au courant des dernières avancées de la recherche pouvant avoir un lien avec l'évaluation en orthophonie : les auteurs ont fait un travail important pour décrire les apports théoriques sur lesquels ils se sont basés.

    - et les justifications que les auteurs avancent, bien sûr : être partie prenante des avancées en orthophonie.

     

    Pourquoi ça va être une batterie super ? Pourquoi on va attendre sa sortie avec impatience ?

    La raison principale, c'est parce que ça va nous faire une batterie bien complète qui mettra en lien différentes compétences comme Evalo et qui devrait tester  à peu près tout ce qu'on peut tester, et ce dans des tranches d'âge où on est parfois démunis ou alors, pour lesquelles nos tests datent un peu. Au-delà des épreuves habituelles, entrons un peu dans le détail :

    - comptabilisation des temps de latence pour la dénomination. Chouette, une épreuve de déno après 6 ans, moderne, qui sépare phonologie et lexique, et qui prend en compte ces temps !!

    - une épreuve de choix orthographique grammatical et ça, c'est vraiment aidant pour la rééduc. Je le fais parfois en bilan pour voir si, quand on enlève la contrainte de dictée, les enfants connaissent les règles d'accord. Là, on aura un étalonnage, en tout cas, s'il est concluant.

    - une épreuve d'empan visuo-attentionnel (cf. travaux de Sylviane Valdois et quelques-unes de ses publications en anglais ),

    - une épreuve de conscience articulatoire,

    - des récits écrit et oral, sur  les mêmes images et donc comparables,

    - une vraie épreuve de pragmatique sur les émotions, la théorie de l'esprit,

    - des comparaisons de lecture de textes entre texte signifiant et texte non signifiant,

    - une épreuve qui se base sur les travaux de S. Majerus sur la mémoire à court terme, la mémorisation de l'ordre sériel.

     

    Donc, personnellement, je l'attends, cette batterie et elle m'a manqué lorsque j'ai fait tous les bilans de nouveaux enfants que j'ai, en prenant une collaboration.

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  • Peut-on utiliser ces termes pour caractériser le langage des enfants ?

     

    Ils sont utilisés en aphasiologie adulte.

    Voici les définitions que donne le dictionnaire d'orthophonie (Brin et al, OrthoEdition, 2004) :

    Agrammatisme = "défaut de construction grammaticale des phrases […] aboutissant à un style télégraphique par la tendance générale à la juxtaposition de mots et à la réduction de leur nombre."

    Dyssyntaxie = "production linguistique pathologique caractérisée par une destructuration de la construction des phrases […] altérant le contenu informatique du message, jusqu'à le rendre complètement incompréhensible pour l'interlocuteur. L'aspect surabondant des productions […] distingue la dyssyntaxie de l'agrammatisme."

    Agrammatisme, Dyssyntaxie ?

    Alors, bon, déjà, moi je n'ai pas appris cela pour la différence entre les deux, concernant les enfants. Pour moi, l'agrammatisme, c'était l'absence totale de syntaxe (uniquement juxtaposition) alors que la dyssyntaxie correspondait à une présence de mots fonctionnels mais avec des erreurs.

     

    Correspondent-ils à des réalités de la syntaxe des enfants dysphasiques ?

     

    Par exemple, dans cette étude relayée sur l'excellent blog Tout cuit dans le bec, c'est non. En effet, cette étude réalisée chez des enfants français, montre que les enfants de 3 ans à 4 ans avec un trouble primaire du langage ont un niveau de morphologie comparable à des enfants plus jeunes mais de même longueur moyenne d'énoncé et il va sans dire qu'il ne viendrait à l'idée de personne de caractériser les productions syntaxiques d'enfants en développement d'agrammatique ou dyssyntaxique.

     

    Alors, comment caractériser la syntaxe ?

     

    Bah, d'abord on arrête de dire que c'est une dyssyntaxie ou un agrammatisme, parce que c'est faux et parce que cela ne nous aide pas pour la rééducation.

    Il est plus intéressant de comparer les productions des enfants à celles d'enfant plus jeunes en utilisant des tables de progression syntaxiques en estimant une longueur moyenne d'énoncé (LME) et en caractérisant les morphèmes fonctionnels, qu'ils soient liés (comme les flexions) ou non (prépositions, pronoms…).

    Pour la rééducation, on se base sur ces stades pour être dans la zone proximale de développement. Vous pouvez vous aider de la progression publiée sur le blog ici.

     

    Utilisez-vous ces termes pour caractériser le langage des enfants dysphasiques ? Quel avantage en tirez-vous ?

     

    Ajout le 29/04/16 :
    Un peu plus loin dans la définition... Une autre source...

    Suite à une discussion en formation sur ces termes, j'ai cherché un peu plus que les définitions du dictionnaire d'orthophonie et j'ai même compris les définitions qui y sont données grâce à cette recherche. Je suis tombée sur cet article (de l'agrammatisme à la dyssyntaxie, Dordain et al, 1988) un peu ancien certes, mais si on s'intéresse à l'historique de ces termes, bah, ça nous va bien. On a accès à la première page uniquement mais c'est suffisant. On y apprend que l'agrammatisme caractérisait la syntaxe des aphasies de Broca alors que la dyssyntaxie, celle des aphasies de Wernicke. Voilà d'où vient la notion d'informativité de la définition du dictionnaire d'orthophonie. Ces deux termes sont apparus en 1884 pour l'agrammatisme et 1934 pour la dyssyntaxie. Quelques lignes plus loin, les auteurs précisent que traditionnellement l'agrammatisme est caractérisé par l'omission des mots fonctionnels alors que pour la dyssyntaxie, c'est plutôt des substitutions de ces mots, ce qui ressemble plus à ce que j'ai appris.

    A la suite de cela, je me suis posé une question et j'aimerais bien que des orthos calées en neurologie adulte me répondent. J'ai crû comprendre qu'aujourd'hui, on ne parlait plus ni d'aphasie de Broca ni d'aphasie de Wernicke et je me suis demandé si on utilisait toujours cependant les termes de dyssyntaxie et d'agrammatisme. Y'a t-il quelqu'un dans la salle pour répondre ?

     

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  • Je ne suis pas une grande spécialiste des cartes mentales même si je vous en ai déjà parlé pour une application en rééducation (la polysémie), c'est . D'ailleurs, dans les commentaires de cet article, vous trouverez des idées d'utilisation par JuCat et par Caro (qui en parlait déjà pour le CR, comme vous allez le voir par la suite sur cet article).

    Récemment, j'ai trouvé une autre application : expliquer notre travail.

    La première, très simple, sert à se mettre d'accord avec les adolescents sur les objectifs qu'on peut se fixer.

    Des cartes mentales pour présenter l'orthophonie

    La seconde, je m'en sers pour expliquer les résultats du bilan avec le compte-rendu sous les yeux et j'y rajoute des termes complexes, que j'ai pu utiliser dans le compte-rendu.

    Des cartes mentales pour présenter l'orthophonie

    Et vous, comment expliquez-vous votre travail ? Aux adolescents ? Aux parents ? Quelle utilisation avez-vous des cartes mentales si vous en faites ?

    Mes cartes mentales ont été réalisées avec un site gratuit, que j'avais déjà utilisé et qui a changé un peu son mode de fonctionnement : framindmap. Je vous les ai faites avec pour que ce soit plus joli mais je les trace devant les parents ou ado dans mon bureau. Utilisez-vous des applications de carte mentale ? Si oui, lesquelles ?

     

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  • Pour écrire cet article, j'ai cherché d'autres articles que ceux que je connaissais mais beaucoup sont en anglais et cela va me prendre un peu de temps pour lire et intégrer. Je peux déjà vous faire part de ce que je savais déjà, issu de mes lectures en français, lectures plus générales et que je vais parfois argumenter avec des articles plus récents.

    La répétition de pseudo-mots est très utilisée dans les bilans orthophoniques mais savons-nous exactement ce que nous évaluons et quand elle peut être particulièrement intéressante ? La répétition de pseudo-mots teste la programmation motrice, c'est-à-dire la capacité de créer un programme moteur, pour un mot inconnu, non contenu dans le lexique. Le programme moteur spécifie les gestes articulatoires requis pour la prononciation des mots. Je fais référence ici au modèle de Stackhouse et Wells adapté par Schelstraete dans son livre Traitement du langage oral chez l'enfant, dont vous trouverez la fiche de lecture ici.

    Pourquoi utiliser la répétition de pseudo-mots ?

     

    Quand l'utiliser ? Quelles indications nous donne t-elle ?

    • Dans les cas de bilinguisme, elle est un marqueur de potentiel de trouble du langage spécifique puisqu'elle est indépendante de la langue. Ainsi, un enfant avec une répétition de pseudo-mots déficitaire a des risques d'avoir un trouble du langage oral qui n'a pas forcément de lien avec son bilinguisme. Cela fait partie des recommandations de Paradis, Geneese et Crago (2011) cité par Veillette et MacLeod dans leur article paru dans ANAE sur la dysphasie, n° 131.
    • Pour les grands, avec des difficultés de langage résiduelles ou avec un trouble du langage, cela peut montrer qu'il y a eu un trouble spécifique du langage oral. En effet, la première étude qui l'a montré date de 1996 et a été menée par Dorothy Bishop et ses collaborateurs. Dans mes dernières recherches de biblio, j'ai trouvé une étude plus récente de 2011 (G. Baird V.Slonims E. Simonoff K. Dworzynski, Impairment in non-word repetition: a marker for language impairment or reading impairment?, Developmental Medicine & Child Neurology 2011, 53: 711–716). Dans cette étude, les enfants avec un trouble du langage oral ont un score en moyenne de 83,57% dans l'épreuve de pseudo-mots , les enfants avec une histoire de trouble du langage oral ont un score de 91,3 % et les enfants sans trouble du langage oral ont un score de 99,52%. Ces différences sont significatives. Vous pouvez aussi lire (ou relire) le mémoire que j'avais dirigé en 2011 aussi (en français) qui le montre aussi et qui est téléchargeable sur le blog. Ainsi, si on trouve que ce grand a une histoire de trouble du langage oral, cela pourrait éventuellement expliquer un trouble de la compréhension écrite. C'est un peu plus complexe que cela, car les troubles de la compréhension écrite seraient plus liés à des déficits sémantiques qu'à des déficits phonologiques mais comme ceux-ci sont souvent présents ensemble dans les troubles sévères du langage oral...
    • En rééducation, la question c'est faut-il utiliser des pseudo-mots ou pas pour la phonologie ? Les études ne sont pas unanimes. Y'a-t-il une généralisation possible quand on utilise plutôt les pseudo-mots ? Ou pas ? Pour l'instant, on ne sait pas trop.

     

    Et vous, utilisez-vous la répétition de pseudo-mots ? Dans quels cas ? Qu'en attendez-vous ?

     

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  • La question récurrente dans les diagnostics en orthophonie est la distinction trouble/retard. Si on prend une définition du Dr Gérard, le trouble fait référence à une anomalie de la structure alors que le retard est fonctionnel. Cela sous-entend que le trouble est lié à un dysfonctionnement dans le cerveau alors que le retard est plus lié à des facteurs environnementaux. Dans le cas des troubles, des difficultés et des retards de développement, cela est complexe et les dernières études le montrent bien. Ainsi, aujourd'hui, de nombreux auteurs posent l'hypothèse d'une anomalie biologique d'origine génétique, qui va être potentialisé, révélé par des facteurs environnementaux. L'environnement va déterminer l'importance et le type de trouble. C'est notamment la conclusion du dernier livre de Michel Habib (la constellation des dys). Aujourd'hui, nous n'avons aucun moyen d'objectiver le défaut biologique : pas d'IRM, pas de prise de sang, pas d'EEG, donc pas d'examen biologique. Le seul moyen d'évaluer le trouble, ce sont des examens comportementaux. Le bilan psychométrique, le bilan orthophonique, le bilan en psychomotricité, etc … ne mesurent que des comportements en réponse à des stimuli, qui sont donc particulièrement dépendants de facteurs environnementaux immédiats (fatigue, émotivité de l'examinateur et du sujet, contexte, …). Et quoi qu'on en dise, il n'y a pas réellement d'étude qui nous montre quels seraient les symptômes d'un défaut biologique.

    Trouble ou retard ?

    Parmi les facteurs environnementaux, il y a le niveau socio-culturel et la réticence qu'on a posé un diagnostic de dys chez les enfants issus de ce milieu parce que c'est bien connu, les troubles des apprentissages sont plus fréquents dans cette population. Ainsi, on trouve des déficits cognitifs sous-jacents communs aux populations favorisées et défavorisées. Cependant, les populations favorisées bénéficient de dépistage plus précoce, de prise en charge et de connaissances langagières plus élaborées pouvant compenser le déficit phonologique, tout cela fonctionnant comme des facteurs de protection. Si vous désirez en savoir un peu plus sur facteurs socio-culturels en lien avec les troubles de la lecture, je vous suggère la lecture des article de l'équipe de Catherine Billard autour de l'étude réalisée à Paris sur plus de 1500 enfants que vous trouverez ici, ou encore .

     

    Finalement, il n'y a probablement pas de différence biologique entre trouble et retard. Il ne semble y avoir qu'une protection ou une aggravation de l'anomalie de départ sous l'influence de facteurs environnementaux.

     

    Cet exemple montre aussi l'importance de la mise en évidence de troubles cognitifs sous-jacents. Ainsi, un enfant avec un trouble cognitif sous-jacent pourrait recevoir le diagnostic de dys quelque chose, de trouble, d'origine génétique alors que l'enfant qui n'a pas ce déficit aurait un retard, probablement dû à des facteurs environnementaux (la méthode de lecture en faisant partie, par exemple). Cependant, la mise en évidence de déficit cognitif sous-jacent est assez facile chez les enfants dyslexiques (conscience phonologique) mais chez les enfants dysphasiques, cela est plus complexe. Cependant, même chez les enfants dyslexiques, on trouve des enfants sans déficit de la conscience phonologique (cf. Habib et mon article) avec des vrais déficits de lecture, durables et sévères.

    Trouble ou retard ?

    En l'état actuel des connaissances, il est bien difficile de déterminer avec précision si et comment l'enfant va ou non récupérer et si cette récupération sera illusoire ou pas, parce là est l'enjeu principal des diagnostics de trouble ou retard.

     

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