• Dysphasique et dyslexique ?

    Question que j'ai déjà lue sur Facebook et/ou sur un yahoogroup et qui nous a aussi amenées à un débat au sein de mon boulot : parle-t-on de dyslexie quand l'enfant a une dysphasie ? Pour Casalis et al., c'est non même si eux se placent du point de vue inverse : on ne peut pas parler de dyslexie s'il y a un trouble du langage oral, ce qui est logique : un trouble spécifique touche la lecture et c'est tout. Cependant, c'est plus compliqué que cela. Dans notre nomenclature, il y a deux bilans séparés de langage : langage oral et langage écrit, ce qui fait que de nombreux enfants dyslexiques n'ont jamais bénéficié de bilan de langage oral, donc, ne peuvent pas avoir de diagnostic de dysphasie. Cela pourrait sembler logique : je ne fais un bilan de langage oral que s'il y a plainte ou si j'entends en conversation des déformations. Après tout, la dysphasie est un trouble sévère qui ne devrait pas avoir besoin de tests pour être repérée. Ici, intervient la définition de la dysphasie : c'est quoi ? Un TSLO à l'anglo-saxonne ? Ou un trouble sévère et déviant à la francophone ? D'ailleurs, pour la petite histoire, quand on a cherché, pour ce mémoire, des dyslexiques sans trouble ou histoire de trouble du langage oral, on a eu du mal à les trouver !

    Maintenant si on se place du côté des dysphasies, lorsqu'on regarde les études, on sait qu'une très grande majorité de dysphasiques a un trouble de la lecture et encore plus de l'orthographe, et donc, beaucoup plus que les enfants typiques. Donc on n'est pas dans une simple comorbidité. Pour moi, c'est non, on ne parle pas de dyslexie chez les enfants dysphasiques, sauf... Si le trouble de la lecture semble lié à un déficit cognitif sous-jactent autre que la phonologie, comme pour le déficit visuo-attentionnel car là, il n'y a aucune raison que les dysphasiques aient des difficultés dans ce domaine contrairement à la phonologie. Un chapitre très intéressant sur les liens entre les deux pathologies avec l'idée des facteurs aggravants et protecteurs dans ces livres : et ici.

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 2 Avril 2014 à 15:13

    Sacré débat! ^^

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    2
    Mercredi 2 Avril 2014 à 15:58

    N'est-ce pas ? ;) Et toi, qu'en penses-tu ?

    3
    Mercredi 2 Avril 2014 à 18:52

    Je ne sais pas si je pense bien mais j'y pense souvent! wink2

    Je partage le point de vue dysphasie / dyslexie visuo-attentionnelle...

     

    La grande majorité de mes patients dysphasiques ont un lexique orthographique terriblement efficace!

    J'en suis toujours abasourdie. Une magnifique compensation.

    Encore une de mes patientes de CE2, en bilan intermédiaire, norme supérieure pour la grammaire mais comment fait-elle?! Par contre, on commence à être freiné en lecture par le déficit lexical (anticipation/aide par le contexte moins efficace).

    J'ai déjà pu aussi travailler avec des patients qui cumulaient dysphasie et dyslexie visuo-attentionnelle. Pour moi, ce n'est pas un non-sens du tout... c'est doublement pas de chance!

    Après, je ne parlerai jamais de dyslexie/dysorthographie phonologique pour un dysphasique.

     

    Par contre, quand je lis "on ne peut pas parler de dyslexie s'il y a un trouble du langage oral". Tu parles bien d'un TSL? 

    Si oui, ok je comprends. Autrement... je ne suis absolument pas d'accord! no (en vrai je ne fais pas cette tête! ^^)

    4
    Samedi 5 Avril 2014 à 15:52

    Je te recopie les passages entiers : "selon la définition actuelle, la dyslexie apparait dans un contexte isolé, c'est-à-dire que les autres apprentissages, scolaires ou non, ne présentent pas de déficit premier. Par conséquent, certains enfants qui rencontrent les mêmes troubles dans la mise en place de la reconnaissance des mots mais qui présentent des troubles associés, comme par exemple un TDAH ou un trouble du langage oral ne relèvent pas de la définition de la dyslexie." "Les troubles du langage oral peuvent être également associés à la dyslexie. Ainsi que cela a été montré, la très grande majorité des enfants qui ont des troubles du langage oral ont des difficultés d'apprentissage de la lecture. Stricto sensu, la présence de troubles du langage oral exclut le diagnostic de dyslexie." Pourrais-tu expliquer en quoi tu n'es pas d'accord ?

    5
    Samedi 5 Avril 2014 à 16:25

    Merci pour les passages!

    En fait, comme je ne suis pas en contexte, je n'arrive pas à savoir s'ils veulent dire que :

    - la définition de la dyslexie actuelle exclut les patients avec un trouble du langage

    - et s'ils sont d'accord ou non avec cette conception

     

    Du coup, je te réponds mais peut-être à côté de la plaque! ^^

    Je pars du principe que l'on exclut les enfants qui ont un trouble du langage pour les diagnostiquer "dyslexique" (perso je n'évoque pas un TSL mais un retard de parole/langage jeune).

    La phonologie est bien une composante du langage?

    Si l'on considère qu'une dyslexie phonologique est présente dans le cas où l'on met en évidence un trouble phonologique sous-jacent...

    Cela voudrait dire que la phonologie n'est pas reliée au langage OU que la dyslexie ne découle pas (en partie) d'un trouble phonologique.

    Ce serait également penser qu'un déficit phonologique n'aurait aucune répercussion sur les autres composantes langagières...

     

    Je ne sais pas si je réponds vraiment à ta question... si je suis dans le contexte ou hors contexte... et encore moins si je suis claire! oops

    7
    Dimanche 6 Avril 2014 à 17:48

    La phonologie fait bien partie du langage ;) sauf que dans certaines dyslexies, c'est plus la conscience phonologique qui est atteinte, pas la phonologie expressive. Il n'y a pas toujours de répercussions sur les autres composantes du langage. Je peux retrouver dans les nombreux bilans que j'ai faits au centre de référence, des enfants avec un trouble de la conscience phono mais sans atteinte du langage oral, par ailleurs. Il y a d'ailleurs des études pour déterminer si les atteintes phonologiques sont les mêmes chez les TSLO et TSLE (en anglais, du coup, j'ai pas encore lu). Retard de parole et de langage, si on se situe dans une perspective internationale, on parle de TSLO résolu, qui sont plus à risque de développer des troubles du langage écrit que les enfants ordinaires. Est-ce de la dyslexie dans ce cas ou une suite logique, dans la mesure où il y a de toutes façons plus de risques ? On est alors sur le continuum langage oral normal/dysphasie.

    Pour ta référence, oui, je la connaissais, je pense même qu'elle est dans les liens, même si je n'ai jamais pris le temps de regarder les conférences...

    8
    Dimanche 6 Avril 2014 à 18:03

    Oui je vois ce que tu veux dire!
    Je ne partage quand même pas totalement.

    Mais bon pas facile via internet d'exposer clairement ce que je veux dire! P-ê une fois, si j'ai la chance d'assister à une de tes formations! wink2

    9
    Lundi 23 Juin 2014 à 12:39

    Hop la je reviens sur le sujet!

    Du coup, ces enfants que l'on peut voir à 4 ans avec un léger retard de parole et de langage qui se résorbe assez vite (sans être encore dans l'âge de la récupération illusoire).

    On les revoit en CP ou CE1 et le langage écrit se met difficilement en place.

    D'ailleurs, on peut souvent lire qu'il faut surveiller un enfant qui a présenté un retard de langage (fascicule de prévention sur la dyslexie, etc).

    Ces enfants-là subiraient donc les suites logiques du RL...

     

    Bah en fait, je conçois le contraire. he

    Selon moi, le léger retard de langage et/ou parole est un premier signe de la future dyslexie (phonologique dans ce cas).

    J'ai en tête un patient que j'ai vu en Grande Section. Déjà vu par une collègue qui a dit "aucun problème". Ma collègue, psychomotricienne, a insisté pour que je le vois en essayant de convaincre à nouveau les parents. Les résultats aux tests n'étaient pas inquiétants (vocabulaire faible et une articulation un peu floue mais ça restait subnormal) mais cliniquement je sentais bien quelque chose. La plainte des parents étaient réelle. En séance, les difficultés étaient bien présentes même si légères.

    On a commencé directement et en CP... catastrophe, incapable de rentrer dans la lecture (soutien intensif à l'école avec méthode de lecture adaptée).

    Aujourd'hui, il est en CE1 et on commence à compenser la lecture (il a de bonnes capacités à côté) mais l'orthographe est... difficile! Voilà que l'on atteint le niveau du mot.

    Voilà, c'était juste un exemple.

     

    Donc Fany, tu penches plus de quel côté? Une conséquence ou un premier signe?

    10
    Lundi 23 Juin 2014 à 18:46

    Pour moi, on est toujours sur le continuum ;) qui va du langage normal à la dysphasie sévère en passant par tous les degrés. Les troubles vont se "réveiller" en fonction de différents paramètres et facteurs dont l'environnement. Pour moi, c'est la à fois une conséquence et un premier signe. Il y a des enfants avec un léger retard de parole et/ou langage qui n'auront pas de trouble de la lecture (j'en ai un à la maison) car certains facteurs seront manquants. Actuellement, je pense qu'on n'a pas étudié encore tous les facteurs. Je ne sais pas si je réponds à ta question...

    11
    Lundi 23 Juin 2014 à 20:55

    Oui tu as tout à fait répondu! ;)

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